Le petit Aborigène, suite 4 , et fin.

Film “Mission” : On Earth As It Is In Heaven

15334033-l-1…la nuit voulu bien lui conter le secrêt du plus beau des dons gratuits : LA VIE

Elle lui conta deux petites billes toutes rondes, l’une minuscule avec une drôle de petite queue et l’autre toute grosse, lovée dans le giron d’un ventre dodu.

Les deux petites billes s’aimaient d’amour tendre, celui de leurs origines qui avait décidé de leur rencontre.  Une rencontre que le vent avait portée, que la lune avait murmurée, la haut dans le ciel, celle qui lui chuchotait l’acte d’amour de ses parents, comme celui de ses wallabies, comme celui  des fleurs qu’ils n’avaient jamais vues, et des étoiles qu’il contemplait loin de son lit.

Alors les deux petites billes se réunirent en s’embrassant, si fort, si fort, qu’elles devinrent. une, mais deux, puis trois, puis quatre, puis des milliers pour inonder de joie le ventre tout dodu qui les protégeait.

Un ventre dodu dans la sécurité de celui qui veille sur lui, parce qu’il sait, il a appris depuis longtemps les deux petites billes qui lui ont donné vie, trop fragiles encore quand l’eau reste leur nid, avant d’affronter l’air du dehors.

L’eau caché dans la magie de la terre, pendant dix ans, comme l’histoire de sa grand mère, parce que l’eau ne disparait jamais. Elle est juste restée couverte de rouille, loin de sa beauté, celle que le petit aborigène ne connait plus, et qu’il entend dans le vent de la nuit.

Debout sur son tabouret, le petit aborigène contempla Algebar et Capella qui se mirent à chanter : le chant puissant du bonheur, celui des petites billes devenues assez grandes pour connaitre l’air qui portait la musique dans ses oreilles.  Chanter l’eau de leur nid, limpide et claire, qui  couvrirait la terre et le bush pour célébrer leur joie. Chanter les fleurs et le vert tendre qui viendraient lui chuchoter que les histoires de ses aïeuls étaient vérités.

Ses petits pieds quittèrent le tabouret près de la fenêtre, le petit Aborigène souhaita bonne nuit à la lune et aux étoiles, pour se coucher et s’enrouler dans l’histoire qu’elles lui avaient contée. Il s’endormit dans la confiance et l’amour : derrière ses yeux fermés, dans ses rêves, il entendit la pluie et les creeks qui ronronnaient du flot de l’onde, encore et encore, celui où il se baignerait comme sa grand-mère, celui qui couvrirait les ocres de toutes les couleurs, celui qui laverait les dessins dans la falaise pour qu’ils deviennent plus brillants, celui du DON DE VIE.

NIHA

photo Inde, Calcuta Florence JeanMagic Kolkata :

Bonjour les enfants, ce matin je vais vous raconter Niha pour vous faire patienter en attendant les contes de Dogy.

Niha est une petite fille que ma fille a “adoptée” quand elle l’a rencontrée en travaillant avec les orphelins “handicapés” de Kolkata. Cette petite fille, elle m’a offert son amour en revenant à Paris, et son image ne m’a jamais quittée. Un amour qui a fait le tour du monde dans les bras de tous les jeunes qui étaient venus à sa rencontre.

Parce qu’elle avait un secrêt que ma fille a compris et que je vais vous confier pour qu’il devienne le votre :

Niha est belle, c’est la joie, l’amour, un regard qui brille, honnête et pure, c’était la lumière du centre d’orphelins, la bas dans ce grand pays magique : l’Inde !

Quand vous passiez du temps avec elle, il y avait deux choix : soit elle développait d’être dans votre monde, soit l’inverse, et vous savez pourquoi ? parce que ceux que l’on dit “handicapés” sont ceux qui cachent leur valeurs pour se protéger d’un monde qui a décidé de ce mot pour eux, ne parvenant  plus à les entendre, ni les comprendre. Vous savez les enfants, c’est un monde malade,  parce qu’il ne sait plus écouter leur voix, plus belle que les nôtres, les voix de celui qui sait.

Mais je voulais aussi vous dire merci, parce que vous savez écouter ces voix. Je le sais, puisqu’ un jour, moi aussi j’ai été “handicapée” et que vous m’avez tenu la main, sans peur, sans rejet, avec des sourires . N’oubliez jamais de garder cette force dans votre coeur, vous grandirez et grandirez encore, et vous serez heureux en rendant les autres heureux. C’est vous les enfants qui soignerez les adultes qui ne savent plus autour de vous, en leur murmurant ce secrêt que je vous donne ce matin.

Alors les enfants, Niha, où qu’elle soit aujourd’hui, elle pense à vous, elle est votre lumière pour que vous n’oubliez jamais la lecon qu’elle nous a laissée et que ma fille m’a offerte.

Si vous êtes aussi sage que Niha, je suis sure que Dogy sera bientot la, si si, pour l’instant il doit encore regarder la mer, il se repose peut-être,  ou il se cache, espiègle et rieur, mais ses histoires ont surement du trouver leur premiers mots.

A bientôt les enfants: promis, si Dogy vous fait trop attendre alors je continuerais de vous conter l’histoire du petit aborigène qui rêve le soir à sa fenêtre.

IL ETAIT UNE FOIS DOGY

Together “Il était une fois”

Bonjour les enfants,

Après un grand sommeil tout doux, je reviens vers vous pour vous parler encore. J’espère que vous avez trouvé le chemin pour écrire des lettres, le facteur il aime le papier, vous n’avez pas oublié ?

“Il était une fois”: tous les contes commencent par cette phrase , en Anglais on dit : “once  upon a time “, vous connaissez l’anglais ? Je ne vous dirais rien de plus, c’est Mamiloux qui vous le dira, celle qui traduit mes mots pour les adultes et les enfants qui ne parlent pas français. Mais je vais vous raconter :

la naissance de “Dogy”

Il était une fois Mamiloux, une petite fille née en Angleterre, la grande ile, la haut, au nord de la France. Une ile avec sa tête qui regarde l’océan et ses pieds séparés de nous par une Manche toute froide, mais toute belle de ses vagues entre des falaises blanches.

Mamiloux est venue vivre en France quand elle était déjà maman de deux petits garçons, et vous savez quoi ? Elle a appris notre langue toute seule, en écoutant. Vous aussi, vous pouvez apprendre la sienne.

Aujourd’hui, tout plein d’années sont passées, et Mamiloux a trois petites filles de toutes les couleurs, les couleurs mélangées des pays du monde : l’Afrique, L’Asie, l’Europe. Elles sont toutes douces, toutes belles. Mais parfois Mamiloux  est triste parce que ses petites filles sont loin. Deux sont même très loin, très très loin, dans une ile aussi, avec la mer qui la sépare du sud de l’Afrique, vrai de vrai, parce que je ne mens jamais.

Ne vous inquiétez pas, car Mamiloux trouve toujours la joie en aimant, et en donnant aux autres enfants, comme dans les orphelinats de Thaïlande, où elle est restée deux fois six mois. Parce qu’un orphelin, c’est celui qui n’a plus ni papa, ni maman, mais là bas, il a tout plein de “parents” comme Mamiloux, qui viennent pour s’occuper de lui.

Aujourd’hui Mamiloux, elle vit dans une ville toute grande qui fait du bruit, trop de bruit pour Mamiloux, mais heureusement, près d’une mer toute bleu. Et pour donner encore, elle a trouvé un petit garcon tout rond, tout doux.

Un jour, les enfants, ce petit garçon  a sorti de sa boite magique un petit chien en bois et Mamiloux l’a appelé : “DOGY”.

DOGY  est né sous le signe de l’ AMOUR : il parle à tout le monde, tous ceux qui sont seuls et tristes, il leurs apporte les sourires, la joie, les rires aussi quand il se promène dans les rues.

Vous savez quoi les enfants : Mamiloux en ce moment, elle a besoin aussi d’amour et de calme, comme moi ces derniers mois, pour être encore plus sage et pouvoir vous raconter .Alors Mamiloux, elle va prendre le papier pour écrire en regardant l’océan qui la fait rêver de ses petites filles. Le papier, comme les lettres avec vos dessins, que le facteur aime bien. Et Mamiloux, les enfants, je suis sure qu’elle fera danser les mots, en francais, en anglais, pour vous écrire des contes:

LES CONTES DE DOGY !

Chut ! : “c’est un secret”, le papier est encore tout blanc, il va regarder la mer toute bleu, pour trouver des mots entre noir et blanc !

AMOUR

IMG_0998, HimalayasIl me souvient les enfants que j’avais promis de vous écrire encore et de vous prendre par la main pour vous bercer de la sagesse des mots.

Mais le temps est passé, celui de mon repos et de mon chemin pour être encore plus sage, afin de ne plus vous dire de bêtises.

Vous savez les enfants, je vous l’ai dit que les mamans, ce n’est pas toujours qu’elles font tout comme il faut,

Mais soyez sur qu’ elle vous aime votre maman, toujours .

C’est juste que parfois, elles ne savent plus comment faire pour vous le dire comme il faut.

Alors vous savez quoi : “on va leur apprendre bientot !”

En attendant, vous pouvez leur raconter le livre des paroles de son Holiness. Je n’ai pas encore eu le temps de le lire, mais je suis sure qu’il aidera vos parents pour qu’ils vous aident aussi. C’est Christian Bruyat qui l’a écrit  avec la beauté de celui qui sait : Le Dalai Lama !

Il me souvient avoir voulu vous bercer pour endormir vos mauvais rêves et envahir vos pensées de douceurs et de sourires. Cet après-midi, où je pense à vous très fort , je vous offre George Moustaki et son facteur. Celui qui apportait l’amour sur du beau papier où les mots jouaient le chant du bonheur. Vous savez les enfants, même si vos mots sont tout tremblants sur la feuille  blanche, entourez les de couleurs, barbouillez les de vos joies, de vos cris, de vos larmes, et confiez les au facteur de votre maison : il sera tout content de les apporter à ceux que vous aimez.

Quand les ombres envahissent votre coeur, n’oubliez jamais que la lumière revient toujours pour caresser vos moments difficiles, comme elle a toujours caressé les miens. Il suffit de le vouloir très fort, très fort, très fort.

Il est des jours où c’est plus difficile, c’est vrai, mais n’abandonnez jamais de la chercher : promis, elle  sera la et vos rêves deviendront merveilleux dans les bras tout doux de Morphée.

Vous connaissez Morphée, c’est un dieu de la mythologie Grec qui protège les rêves comme un magicien. Demandez à vos parents, peut-être qu’ils le connaissent et si c’est non et bien vous leur apprendrez .

C’est mon premier message depuis longtemps, alors je ne vais pas le faire trop long,  vous risqueriez d’êtres aussi fatigués que je le fus, et je vous veux en pleine forme pour me lire encore un jour prochain.

Ta liberté enfant du progrès

enfants
auraient-ils moins de liberté que les nôtres ?

Où est la liberté de l’enfant qui naît sans l’avoir décidé, où est sa liberté d’hurler la violence qui l’accueille, à peine sorti du nid, où est sa liberté de devoir se couvrir d’une panoplie de tissus plus agressifs les uns que les autres ?

Où est sa liberté de manger quand sa bouche ne connaissait que la douceur de l’onde ?

Où est sa liberté de respirer quand cet air qui rentre en lui de force sent le goudron et le moisi ?
Où est sa liberté de s’entourer d’une couche qui lui écartèle les jambes ?
Où est sa liberté d’entendre les cris, les niaiseries, sans qu’aucun filtre jamais plus ne les atténue ?
Où est sa liberté d’être privé d’une histoire qui l’aurait bercé?
Où est sa liberté de refuser ces dix milles objets qui le protègent de  ses apprentissages?

Où est sa liberté de refuser la sécurité qu’on lui impose et qui ne l’épargnera jamais des réalités de la vie ?

Où est sa liberté de réclamer le vide qui seul peut le remplir des rêves qu’il se cherche ?
Où est sa liberté de grandir sans le regard d’autrui qui lui dicte sa conduite ?
Où est sa liberté de se construire en dehors d’une dictature d’adultes qui croient tout savoir et tout décider pour lui, dans une avalanche d’objets comme les barreaux d’une prison ?
Liberté, cesse de faire croire à l’enfant que tu existes, cesse de leurrer les peuples afin qu’ils s’entretuent, persuadés de te posséder aujourd’hui plus que le voisin.
L’enfant te coure après, te voyant fuir devant lui, sans doute jusqu’à sa dernière heure, où de nouveau tu pointeras ton nez pour lui laisser faire de ses os, de sa chair, de son sourire, de son cerveau, ce que les autres ont décidé et qui ne sera plus rien !

YOUR FREEDOM, CHILD OF PROGRESS

They have lesser freedom than our children?

Where is the freedom of the child who is born without having decided it .

Where is his freedom to scream the violence, which meets him as soon as he leaves his nest.

Where is his freedom to have to cover himself with a whole range of clothing, each one more aggressive than the other?

Where is his freedom to eat, when his mouth only knows the softness of the wave  ?

Where is his freedom to breath when the air which enters him, by force, smells of tar and mould?

Where is his freedom to roll a diaper around himself, which moves his legs apart?

Where is his freedom to hear shouting and foolishness, without having, ever again, a filter to steer it away ?

Where is his freedom, to be deprived of a lullaby to lull him to sleep  ?

Where is his freedom to refuse these ten thousand objects which protects him from apprentice ships ( espace)?

Where is his freedom to refuse the security imposed on him, and yet, will never keep at bay, the realities of life  ?

Where is his freedom to ask for emptiness, which only the dreams he is looking for, can fill?

Where is his freedom to grow up without the stares from others, telling him what to do  ?

Where is his freedom to build himself rather than the dictation received from ( espace) adults who, think they know all, deciding for him, from an avalanche of objects such as… prison bars  ?

Freedom, stop making the child believe you exist, stop deceiving people in order for them to kill each other. Persuaded that they have the right on you, more than their neighbour.The child runs after you, seeing you escaping him, most probably until his dying day where, once again, you may well appear, letting him do with his bones, with his smile, with his brain, that which they have decided, and will be, nothingness for ever!

LE Petit aborigène… SUITE 3

kimberley, australie, photo Sa grand-mère se mit à chanter, chanter l’histoire des cascades, l’histoire des « creeks » qui  grondaient et noyaient les eucalyptus encore enfants. Elle chantait le plaisir de se baigner sans fin. Elle chantait les mille brindilles qui pointaient leur nez tout vert, dans un univers d’où l’ocre  disparaissait. En une nuit, la citerne s’était remplie, les protégeant pour des mois et des mois de la sécheresse. Les  esprits du mal s’éloignaient car ceux du bien savaient les protéger.

Lui, c’était sa voix qu’il écoutait, sa voix profonde et grave, comme celle des sons du didgeridoo. Il ne comprenait pas toutes ses paroles, qui lui donnaient un regard tout doux, mais il savait qu’elle devait revoir les images de ce moment bénit. Il décida cette nuit-là de demander à ses étoiles de répondre aux vœux  de son père et de sa grand-mère, afin que lui aussi  connaisse cette onde magique qui redonnait la vie. Il l’embrassa plus fort qu’il ne l’avait jamais fait, et parti se coucher plus grand, plus sage, que les autres jours. Ses petits pieds perchés sur un tabouret, il se pencha à la fenêtre pour parler à la nuit,  avant de s’endormir dans ses rêves….

LE PETIT ABORIGENE 1

Il DSCF1106, dessin aborigenesn’avait pas deux ans que ses pieds nus frôlaient l’herbe drue d’un petit coin de fraîcheur entre des gorges géantes. Ses yeux s’écarquillaient pour voir les dessins que sa grand-mère lui avait montrés sur la falaise. Des dessins qui lui racontaient des histoires merveilleuses où les wallabies jouaient d’une roche à l’autre, et sautaient sur leurs drôles de pattes.

C’est eux qu’il préférait, tout petit il se cachait derrière les eucalyptus pour attendre leur venue chaque matin.

La lune ne voulait jamais lui dire où ils dormaient, quand lui se couchait dans le petit lit au-dessus de la salle. Pourtant il ouvrait la fenêtre pour les chercher, mais seules les étoiles bougeaient dans la nuit. Des étoiles aux noms curieux, Algebar et Capella, des étoiles qui foisonnaient d’étincelles le long de la voix lactée. On lui avait dit qu’elles étaient très vieilles, aussi vieilles que les dessins tout rouges. Mais il ne pouvait le croire, tant chaque soir il les retrouvait.

C’était comme ses wallabies dans la lumière du jour, chacun avait un nom qu’il leurs assignait  sans se tromper. Depuis que sa grand-mère lui parlait de ses bêtes préférées, immortalisées sur le mur, il ne voulait pas les dévoiler. Il avait peur qu’ils disparaissent dans l’ocre des lignes.

Il adorait l’heure avant de se coucher quand sa famille restait dehors sur la terrasse pour profiter du vent venu. Il restait dans la cuisine  et s’asseyait sur les genoux de son aïeul pour l’écouter. Le didgeridoo lancait sa complainte au loin… à suivre

…SUITE 2

DSCF1106, dessin aborigenesIl aimait la musique que le souffle de son grand père produisait dans le bois d’eucalyptus creusé par les termites. Il attendait le jour ou plus grand, lui aussi chercherait dans le bush la flûte magique. Cette flûte que les anciens disait aussi vieille que les croquis sur la falaise. Vingt mille ans pour lui si petit , c’était une éternité, comme les étoiles qu’il contemplait.

Ce soir là, son aïeul lui contait l’homme sage venu leur rendre visite pour appeler la pluie qui ne voulait plus tomber depuis 10 ans. Il était monté tout en haut des gorges, loin au-dessus d’eux, appuyé sur un bâton tout fin pour assurer ses pas. Pied nus, il grimpait aussi vite que les wallabies qui ne le quittaient pas. Il avait allumé le feu magique, et sa voix s’était imposée forte des incantations qu’il lançait. Elle lui contait ses cheveux gris emmêlés qui rayonnaient dans la lumière des flammes pour assombrir encore un peu son visage, aussi noir que la cendre.

L’échos renvoyait sans fin ses mots étranges qui parlaient de gouttes d’eau qui devaient tomber du ciel pendant des heures. Des mots qui parlaient de couleurs qu’il ne connaissait pas, et de fleurs qu’il n’avait jamais vues.

Il voulait croire à cette histoire qui disait que le lendemain les gorges avaient résonné du bruit de l’eau coulant à flot, éclaboussant la roche. Lui ne connaissait que la citerne qui gardait un liquide rouillé venu de la terre.

JIGME, TIBETAIN DU LADAKH

enfant tibétain, photo florence jeanIl est des souvenirs qui tapissent la mémoire de parfums, de sons et d’images. Ceux-là ont la force d’une aventure qui se revit sans fin parce qu’au milieu existait l’autre, celui qui ouvre les portes de sa vie pour un moment d’exception.

Il s’appelait Jigme : un nom et glisse un visage au milieu d’un sommet qui fuyait vers le ciel sans se laisser conquérir. Il s’appelait Jigme, le symbole de la hardiesse, de la témérité, celle qui avait dû être la sienne pour vivre sa vie si courte et si dense.

Il était né dans un village entre l’âne et le dzo, protégé du gel tout l’hiver par un manteau de yak. Il était né d’une mère rêche et rieuse aux rides déjà profondes. Des rides que l’air pur et incisif creuse dès la jeunesse pour se présenter plus vieux et  plus sage.

Sa mère avait rit avec lui autour d’un foyer qui ne devait jamais s’éteindre. Elle lui apprenait déjà son savoir, sans écrit puisque les moulins à prières confiaient leurs mots depuis toujours. Elle lui apprenait la terre comme la plus belle peinture qui se dessine entre des carrés de pierres. Elle lui apprenait le labeur les matins de printemps.

Il tournait en chantant autour du cercle de labour, pour que le dzo tire et tire encore la herse dans un sol trop dur. Il traçait les sillons qui devenaient création afin que les mois ne soient jamais exsangues de nourriture. Il ramassait la manne que le yak et l’âne avaient laissée, pour que le feu ne meure jamais. Il partageait le rire et les histoires que le soir venu les anciens racontaient. Il avait grandi fort et courageux et les moines, la haut dans leurs monastères plein de vie, lui avait donné l’envie de découvrir le monde. Son savoir était grand, mais sa curiosité n’avait de cesse d’étancher sa soif.

Un jour il était parti, ce jour là les vallées s’étaient déroulées sous ses pieds jusqu’à la plaine du Gange. Bruit et chaleur l’avaient assailli, la moiteur il ne la connaissait pas plus que les milliers de pieds qui ensembles martèlent le macadam. Il s’était trouvé un chemin de fortune, un chemin  auprès de ses frères tibétains, exilés trop loin de leur contrée. Il avait bu le savoir de l’université jusqu’à se rassasier, mais là-bas l’Himalaya l’appelait, sa racine de toujours. La vallée silencieuse, que les sommets gardaient secrête, suscita ses cris un jour de juin. Des cris de retour, des cris de retrouvailles, des cris d’essentiel d’une contrée qui savait le garder.

La route s’était faite aussi courte que son besoin de vérité. La route l’avait porté très vite vers les enfants de son village. Il les avait pris auprès de lui, entre histoires et écrits, afin que jamais le désir ne leur vienne d’abandonner leurs richesses. Une richesse qui l’avait frappé aussi fort que le son du gong qu’il entendait chaque jour allongé sur sa couche. Depuis, son regard s’éblouissait de la pureté de son Himalaya bien aimé.

HIMALAYA, LA NUBRA

la nubra valleyLa bise  portait dans le vent la voix du mystère qui scandait ses vocalises dans la poussière du froid.

Il devait être tôt, assez pour que la glace se taise sous le couloir neigeux.

Il devait être tard, bien après que le rêve ait cessé pour se lover dans la réalité.

Il était cet instant où les mots se taisent, où le regard se voudrait d’éternité, où le mystère s’ouvre enfin. Juste une illusion, avant de le mener vers un autre plus infini que lui .

Il était cet instant où surgissait du mur de l’Himalaya une vallée de désert, profonde et silencieuse. Seul le vent racontait son histoire dans une sécheresse qui craquait les lèvres engourdies.

Il racontait des rires chatoyants derrières les gouttelettes du torrent qui lavait le tapis d’un enfant.

Il racontait des yeux limpides et noirs au bord de joues cuivrées, rougies par des matins de gel.

Il racontait deux mains qui se réchauffent  en s’enroulant sur un bol tendu comme une offrande.

Le toit du monde s’était paré de la lumière des justes, il gardait enfoui dans les replis de ses sommets, les pierres invisibles de ses prières.

Marcher était devenu autre, comme un pas qui s’ignore pour réclamer la vie. Marcher vers ceux qui gardent la magie des interrogations subtiles, sans leurs demander raison. Marcher vers ceux que les jours exaltés d’étincelles courbent sur une terre trop dure.

Ils étaient dix, puis vingt, puis trente, autant que leurs ânes chargés de vivres qu’ils guidaient vers un sommet sans nom. Ils étaient joie, curiosité, surprise.

Ils étaient une rencontre, la seule, l’unique, celle qui se taie pour qu’ils existent toujours, loin de nos compréhensions.