Random Post: HUMANITAIRE ADOPTION
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    Train du « Nouveau Monde »

    Désert Mojave

    Désert Mojave

    Train de toujours, ton chant sur les rails qui scandent les minutes berce le voyageur dans ta romance. Tu défiles sur les paysages pour que découvrir devienne une aventure au souvenir du Nouveau monde qui t’adoptait.

    Exploration, chaleur, poussière, le cheval s’épuisait dans des horizons d’espoir immense. L’homme imposait ta présence pour en rejoindre un autre, au-delà des forêts, au-delà du désert, au-delà des montagnes. Avancer encore et toujours, un pas de plus, un Indien de moins, une réserve inventée, comme une sécurité sur leur conquête. Ton chemin de fer  devenait le succès des uns, l’anéantissement des autres.

    Ces autres, femmes désœuvrées, emportant leur bébé, leur seul trésor précieusement lacé dans leur dos, humains doués d’esprit qui dépassait les intrus, si peu préparés à la fureur des « évolués de demain ». Tes rails sillonnaient une nature inhospitalière, barres de fer qui s’alignent entre des pyramides, volcans éteints, usés, sculptés, symphonie de mauves et blancs des minéraux d’un autre ère.

    Les hommes t’installaient forts de tes résonances, alliant peur et abnégation, devenant loups parmi les loups dans le froid mordant de l’hiver. Serpent qui glisse au fond de gorges profondes, isolées, douées de beauté sauvage, si profondes que l’on ne sait plus pourquoi ton chemin .

    Rails après rails tu sillonnais ce pays si vaste, si surprenant de nuances, extrêmes des contrastes : chaleur laiteuse que côtoient aux confins des Rocheuses, tes blizzards fantasmagoriques. Pays que la nature a décidé de ne pas épargner, le punissant d’avoir cru la dompter de ce monstre aux bras d’acier.

    Millier de kilomètres aux heures les plus rudes, sueur des hommes portés par ton balancement tedum tedum tedum, ils s’endormaient pour mieux se réveiller.

    Rails perdus qui se frottaient sur le rouge violent de l’érable, avant de douter de son évidence quand vient le temps de l’arche naturelle. Canyons aux reflets des grands lacs, aboutissement de l’espace qui ne se traversait plus aux  eaux tumultueuses comme autant d’interdits.

    Locomotive tu te vantais, tu ne pouvais passer, ta machine déjà rouillée de fatigue restait en arrêt, belle de toutes ces ocres traversées, comme les pelisses des hommes qui t’avaient façonnée.

    Tu devais contourner, t’incliner vers d’autres rivages et finir ta course par-delà le désert le plus plat, le plus vide, avant de trouver l’océan.Territoire isolé, igloo de pierres donné aux Hommes Rouges, négation  sur ta course qui prend fin.

    Tu te nommais conquête de l’Ouest, tu as laissé tes rails témoins de ta beauté. Qui aujourd’hui marche encore sur tes pas qui n’ont pu suivre la modernité pour garder ta part de naïveté dans un espace encore sauvage ?

    Ton heure de gloire, celle des hommes célèbres dans tes wagons, des femmes aux rires délicieux qui rejoignaient leur chimère, loin de ces Noirs et leur coton couchés sur leurs sac, tous gardiens de tes désirs, qu’en restent-t-ils sur tes bancs usés ? Seul des grands fous passionnés te collectionnent, te font reluire, te font vibrer.

    Les autres se retirent et te laissent, vide, abandonné à la sécheresse, quand seules restent ces citernes qui jalonnaient ta route, inquiétantes aujourd’hui, si loin du rêve qui te voyait passer .

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