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    DES MOTS QUI ATTENDENT…

    octobre 29th, 2009

    Kate Bardot

    Kate Bardot

    Les mots se mettent à notre disposition pour nous plaire et chanter leur rythme, certains traduisent ce qui nous choque ou nous interpelle quand d’autres ne prétendent que nous apprendre ou nous bercer. Mais parfois ils s’investissent du pouvoir de nous libérer. Une libération afin que l’essentiel qui se cherche sur la route puisse un jour s’imposer. Cet essentiel, qui seul nous reste à la fin du chemin, appelle un jour le partage avec autrui de sa quête, de sa définition.

    Alors écrire pour l’autre s’impose et l’humilité se met au service du savoir pour traduire ce que l’être humain a de plus beau ou de plus terrible quand il  libère la face cachée des maux qui l’habitent.

    Un premier livre, une première utilisation des mots, née de la splendeur des images dans le voyage, voyage réel comme celui de la pensée. Cette inspiration m’a donnée de porter une narration qui veut dire haut et fort ce que trop peu osent avouer. Il a dû exister un matin où devant l’ignorance des réalités choquantes, celles que l’on fuit, a surgi une évidence : un devoir de témoignage pour ceux qui restent dans l’ombre et voudraient exister.

    Un livre comme un parcours de vie où chacun peut s’y retrouver:

    « VOYAGE DANS LES MAUX DU SILENCE « 


    POUR SON HOLINESS

    avril 11th, 2012

    dans le silence de mes pensées ! 04 O Come O Come Emmanuel

     De la part de tous les enfants de Son Holinesse, le plus savant et le plus philosophe  de tous les Dalai Lama. En remerciement de nous avoir tous protégés; les enfants vont vous raconter un conte tout doux parce que leur mère les a fait trembler une dernière fois .

     

    Chut !!!

     

     

    Suivez moi sans bruit car la nuit, c’est pour tous les enfants qui souffrent et qui se réfugient pieds nus dans la douceur de la sécurité.

    Vous savez les enfants , je voudrais vous demander pardon : pardon de ne pas avoir su vous protéger et de vous avoir donné de la violence et des larmes . Mais vous savez les enfants, moi aussi je ne suis pas très sage : un tout minuscule holiness qui ne mérite pas de majuscule et née tout juste depuis  six ans.

    C’est pour ca que j’ai fait des bêtises ce soir et que j’ai tout fait à l’envers de ce que j’avais écrit de sage.

    C’est pour ca que mes enfants, ils ont eu mal, mais je leur ai dit pardon d’être redevenue leur maman d’avant qui crie et pleure .

    Vous savez quoi : j’étais si fatigué et j’avais eu si peur que je n’ai pas su les protéger , parce que j’ai cru que je pourrais tout faire et  j’ai eu des rêves trop grands. Alors j’ai retenu une grande lecon que je vais vous confier :

    Il ne faut jamais avoir des rêves trop grands , c’est comme un chateau de carte, si vous voulez le monter trop haut, il s’écroule !

    Mais  vous ne m’en voulez pas de vous avoir fait rêver de l’impossible , chut …écoutez le chant d’Israel comme la berceuse que vous n’avez pas eu et promis je vous raconterais un jour son histoire :

    je serais pardonnée de ne vous offrir que Notre Dame de Rouen. C’est beau aussi Notre Dame de Rouen et mon  grand fils, il m’a dit qu’il pourrait peut-être venir avec son film , je ne vous promets rien parce qu’il habite très loin, très très loin , mais la , on a le droit de rêver et vous savez pourquoi ?

    Chut… une histoire murmurre dans vos oreilles  :

    il était une fois un immense fleuve translucide et pur qui s’appele Le Gange. Il part de très haut, très haut dans la montagne et ma grande fille, elle a fait comme nous ce soir : elle est montée très haut, très haut , loin de son Papa et de sa Maman qui étaient séparés. La nuit, elle a eu très froid et le matin elle s’est baigné dans l’eau toute gelée avec des gros glacons et vous savez pourquoi : elle voulait être sur d’être seule pour s’immerger à sa source, là où l’eau est translucide . La pauvre, elle a attrappé une grosse ottite.

    Alors son frère, il a fait un film pour que sa soeur ne soit plus jamais malade et qu’elle se baigne là où la chaleur réchauffe les coeurs brisés.

    Un film où son ami , la bas en Nouvelle Zélande, a mis toute son inspiration parce que lui aussi il avait eu froid dans les grandes montagnes.

    Ce film, les enfants, il vous caresse les yeux et vous envelope des chants de l’Orient et de L’Occident. Ils sont venus de partout pour habiter sur des petits bateaux qui glissent entre les berges colorées de mille vies. Les cameras se sont faites discrêtes pour laisser les saris s’enrouler sur la beauté des voix.

    Fermer les yeux très fort et je sais que vous entendrez la musique du cythare qui vous dira tout bientot.

     Chuttt… : ils dorment enfin car  j’ai besoin de m’incliner devant son Holiness pour lui dire combien je me sens responsable d’avoir fait trembler sa terre et combien je lui demande pardon . Ce soir, j’ai fait comme lui dans son monastère du toit du monde .

    Assise sur un pouf pakistanais devant la cheminée du nord de l’inde, où brule encore les restes de l’erreur qui a fait mal à mes enfants , Saint exupéry m’a inspiré et Laurence d’Arabie m’a dit le reste :

    J’ai brulé mon Chech qui m’avait protégé dans les dunes du Sultana d’Homan, comme un symbole de bruler la violence de Laurence D’Arabie car lui aussi avait vu trop grand.

    Peut-être qu’il avait trop souvent refusé de répondre à ce qui se cachait dans la boite et qui n’est pas un mouton. 

    Parfois les adultes, quand ils sont durs et enfermés, ils peuvent quand même avoir des choses à  dire, je l’ai appris aujourd’hui .

    Aujourd’hui où j’ai compris qu’une mère protége ses enfants comme sa chair mais qu’elle reste faible aussi et que son épuisement  allait forcément la faire chuter . Ce n’est pas son role de se battre, c’est aux hommes de le faire et pourtant dans mon blog, j’avais  su faire la lecon à toutes ses mères divorcés qui croient qu’elles peuvent diriger le monde alors qu’elles ont détruit leur couple et leurs enfants. J’avais dis aussi de suivre : responsabilité, liberté ,comme sur les murs de Paris un jour , ceux qui sont autorisés. J’ai oublié que je n’avais que six ans.

     Cette nuit où j’écris, j’ai déposé dans une coupe du triangle d’or , les sables de tous mes déserts traversés, ceux que je gardais précieusement depuis toujours. J’ai dessiné les dunes avec le pinceau du Sumi-e et j’ai fait résonné très fort le bol à méditation , si fort, que le son a ricoché sur le monastère de la vallée mystèrieuse, cachée dans son écrin magique.

    J’ai entendu les enfants me répondre : un concert de flutes si légères, comme un bébé bambous qui raconte sa musique dans des yeux éclatants et rieurs.

    Puis j’ai levé mon visage vers la fenêtre immense qui surplombe la vallée de la Seine et j’ai su qu’il m’avait pardonnée :

    La lune et les étoiles brillent de mille feux ! comme le soleil cet après midi quand  il m’a ébloui si fort :

     debout dans le jardin , épuisée et en larmes d’avoir perdu ma fille pour protéger de la peur les enfants du monde entier.

    C’est à genoux que je suis tombée dans  l’herbe encore mouillée des pluies violentes , à genoux devant son Holiness, comme le symbole de la liberté !

     Plus jamais n’existera dans ma vie de six ans, d’oublier que l’entre deux est humilité.

     Mais je sais que dans l’humilité,  ma solitude et ma faiblesse de femme trouvera sur son chemin celui qui la protégera, sans se réclamer de lui, mais avec la confiance qu’un repos long et sage lui apportera.

    Mes larmes coulent encore mais douces et merveilleuses , apaisée enfin dans le giron des grands, si chargé d’émotion qu’au coin de la porte de bois, les bougies, et les bambous, vascillent d’une lueur qui reveille les ombres !

    Celle enfin de mon repos .

    Merci de vos milliers de pensées qui ont résonné si longtemps qu’elles peuvent se coucher dans le silence du premier oiseau qui chante sur le jour qui se lève !


    QUAND LA COLONISATION SE TRAVESTIT

    février 12th, 2011

    P1010449, photo inde Ils se sont appelés missionnaires, leurs croisades trouvaient dans la religion un moteur pour tuer, pour convertir, pour asservir, afin d’asseoir pouvoir et argent. L’église et l’Etat trouvaient ensemble le chemin de la colonisation.

    De ces missionnaires naissait bel et bien la main mise sur des peuples qu’ils considéraient comme inférieurs.

    Un aparté significatif :

    Il existait des convaincus, citons en exemple les Jésuites à la cour de Pékin qui n’est pas sans poser ce constat sur l’Art comme outil de communication: « ils ont mieux réussi que les Vicentins dans leur endoctrinement culturel par l’emploi des arts, des sciences et de la technologie auprès de la cour impériale » (encyclopédie Vicentine)

    L’expulsion par la Chine des derniers missionnaires vient entre autres choses du constat que les progrès de l’occident n’impressionnaient plus les Chinois.

    De la s’explique que la colonisation ne laisse pas derrière elle les mêmes dégâts  de rapport « maître et esclave ». Ces dégâts qui courent encore dans trop de pays actuellement.

    Pour asseoir le paternalisme en second, il faut conjugaison d’un terrain laissé en friche, d’un sentiment fort de supériorité autant culturelle que technologique et religieux.

    Un exemple : l’Art Khmer longtemps décrié, encore trop méconnu quant à sa valeur historique, culturelle et sociale, n’a trouvé sa reconnaissance que dans le début des années 1930 et ce pour être pillé. N’oublions pas que Malraux, responsable de ce délit grave en 1923, sortit indemne de sa condamnation à deux ans de prisons ! Le musé Guillemet à Paris, lors de l’exposition Khmer 97-98, qui faillit ne pas voir le jour, prêta 47 œuvres khmer pour 64 par le Cambodge. Comment ne pas s’interroger sur cette forme d’affirmation de notre droit à détenir autant d’œuvres sur notre sol, d’œuvres faisant partie intégrante de l’histoire de pays que l’on a spolié et que l’on contemple du haut de notre supériorité, si ce n’est de notre condescendance.

    Comment ne pas s’interroger sur ce phénomène de la fin du vingtième siècle qui voit reconnaître enfin la grandeur de civilisations anciennes dans nos ex-colonies et dans le même temps déconsidérer leurs civilisations d’aujourd’hui ? N’est-ce pas le même homme, la même femme ? Les mêmes artistes doués donc des mêmes capacités, des mêmes traditions culturelles?

    Ce qui est intervenu entre les deux, pour faire court, n’est pas autre chose que l’asservissement et la pauvreté qui eux retirent la confiance, et l’affirmation possible de leurs capacités réelles.

    L’ancien colonisateur ne sort plus de son schéma, imprégné d’un sentiment de supériorité et l’ex-colonisé oscille entre un sentiment d’infériorité et l’attrait de la ressemblance pour être enfin reconnu.

    Qui peut répondre aujourd’hui de ce que ces civilisations seraient devenues sans le passage sur de longues années des pays d’occidents ?

    Qui peut affirmer aujourd’hui le positif apporté, puisqu’en leurs donnant des routes où des écoles.. nous leur avons retiré l’essence même de leur culture, de leur âme.

    Que leur reste-t-il aujourd’hui que de se battre pour se nourrir et nous savons que dans la pyramide des besoins le stade recherche de la nourriture ne peut induire la création.

    Je citerai un exemple concret du modèle paternaliste et pervers qui perdure  aujourd’hui et qui va à l’encontre d’aider ces civilisations à s’affirmer et retrouver leur richesse culturelle.

    « Anne Charlotte » est expatriée depuis des années sur le sol de Singapour, fausse artiste à ces heures entre des ordres qu’elle dicte à sa maid (bonne à tout faire). Elle s’invente peintre sur des laques Birmanes, façonne des bougies sur un modèle Vietnamien. Elle part dans ces pays, loge, bien entendue, dans un grand hôtel aseptisé, mais se targue d’aller à la rencontre et de faire connaître ces femmes Birmanes ou Vietnamiennes qui elles travaillent 12 heures par jour et créent comme de vraies artistes.

    Ces femmes vendent leurs œuvres, sur le sol de leur pays, entre 25c et 50c à Anne Charlotte, Cette dernière les revend 10 dollars sur le sol de Singapour ! Mais dit-elle : elle véhicule leur art, mais dit-elle : elle leur permet de travailler ! Non elle les spolie bel et bien ! Il n’existe point d’échange entre deux formes d’art.  Anne Charlotte expose aussi « ses œuvres » entachés d’exotisme devant des occidentaux  qui s’extasient, méconnaissant le plus souvent leur origine !

    Connaît-elle profondément leur création : non !

    Des Anne Charlotte, il en existe des centaines aujourd’hui, nouvelle forme de colonialisme de l’Asie, l’Afrique et L’Amérique du Sud.

    Dame patronnesse d’occident, aujourd’hui plus perverses que les missionnaires d’hier. Leur aveuglement lié à l’affirmation de leurs idées religieuses, politiques et sociales va de pair avec le désir d’imposer leur schéma à ces pays.

    Un moyen de résister et d’aider à reconnaître les cultures ancestrales et riches, d’Asie, Afrique , Amérique, est de ne pas oublier cette évidence :

    Notre enveloppe est celle de la marionnette, elle peut être multiple dans son apparence et ses expressions cependant  la main et le cœur qui l’animent reste toujours les mêmes !

    Le chemin vers l’autre, dans cet espace de similitudes basé sur l’essence même de la vie, laisse la place à l’écoute. Une écoute qui s’ouvre pleine et entière sur la compréhension et l’apprentissage de la richesse culturelle de l’autre avec humilité.

    .


    LE Petit aborigène… SUITE 3

    janvier 25th, 2011

    kimberley, australie, photo Sa grand-mère se mit à chanter, chanter l’histoire des cascades, l’histoire des « creeks » qui  grondaient et noyaient les eucalyptus encore enfants. Elle chantait le plaisir de se baigner sans fin.  Elle chantait les mille brindilles qui pointaient leur nez tout vert dans un univers d’où l’ocre  disparaissait. En une nuit, la citerne s’était remplie les protégeant pour des mois et des mois de la sécheresse. Les  esprits du mal s’éloigneraient car ceux du bien savaient les protégér. 

     

    Lui, c’était sa voix qu’il écoutait, sa voix profonde et grave comme celle des sons du didgeridoo. Il ne comprenait pas toutes ses paroles qui lui donnaient un regard tout doux mais il savait qu’elle devait revoir les images de ce moment bénit. Il décida cette nuit-là de demander à ses étoiles de répondre aux vœux  de son père et de sa grand-mère pour que lui aussi  connaisse cette onde magique qui redonnait la vie. Il l’embrassa plus fort qu’il ne l’avait jamais fait et parti se coucher plus grand, plus sage, que les autres jours. Ses petits pieds perchés sur un tabouret, il se pencha à la fenêtre pour parler à la nuit  avant de s’endormir dans ses rêves….


    Incident Technique

    janvier 18th, 2011

    IMG_0998, HimalayasIl arrive parfois que la technique vienne contrarier le plaisir d’écrire. Un incident de taille qui ne m’a pas laissée libre, pendant un temps trop long, de continuer mes articles. Alors à tout ceux qui me suivaient et que je remercie encore , je veux exprimer mes excuses et aussi mes voeux sincères de réussite et d’instants merveilleux . Instants, car je ne saurais être chose que sincère et quoi demander de plus que des instants heureux pour remplir une nouvelle année.

    En attendant de vous retrouver bientot, je laisse ce petit message qui en appellera d’autres.


    LE PETIT ABORIGENE 1

    novembre 18th, 2010

    Il DSCF1106, dessin aborigenesn’avait pas deux ans que ses pieds nus frôlaient l’herbe drue d’un petit coin de fraîcheur entre des gorges géantes. Ses yeux s’écarquillaient pour voir les dessins que sa grand-mère lui avait montrés sur la falaise. Des dessins qui lui racontaient des histoires merveilleuses où les wallabies jouaient d’une roche à l’autre et sautaient sur leurs drôles de pattes.

    C’est eux qu’il préférait, tout petit, il se cachait derrière les eucalyptus pour attendre leur venue chaque matin.

     

    La lune ne voulait jamais lui dire où ils dormaient quand lui se couchait dans le petit lit au-dessus de la salle. Pourtant il ouvrait la fenêtre pour les chercher, mais seules les étoiles bougeaient dans la nuit. Des étoiles aux noms curieux, Algebar et Capella, des étoiles qui foisonnaient d’étincelles le long de la voix lactée. On lui avait dit qu’elles étaient très vieilles, aussi vieilles que les dessins tout rouges. Mais il ne pouvait le croire tant chaque soir il les retrouvait.

    C’était comme ses wallabies dans la lumière du jour, chacun avait un nom qu’il leurs assignait  sans se tromper. Depuis que sa grand-mère lui parlait de ses bêtes préférées immortalisées sur le mur, il ne voulait pas les dévoiler. Il avait peur qu’ils disparaissent dans l’ocre des lignes.

    Il adorait l’heure avant de se coucher quand sa famille restait dehors sur la terrasse pour profiter du vent venu. Il restait dans la cuisine  et s’asseyait sur les genoux de son aïeul pour l’écouter. Le didgeridoo lancait sa complainte au loin… à suivre


    …SUITE 2

    novembre 17th, 2010

    DSCF1106, dessin aborigenesIl aimait la musique que le souffle de son grand père produisait dans le bois d’eucalyptus creusé par les termites. Il attendait le jour ou plus grand, lui aussi chercherait dans le bush la flûte magique. Cette flûte que les anciens disait aussi vieille que les croquis sur la falaise. Vingt mille ans pour lui si petit , c’était une éternité comme les étoiles qu’il contemplait.

    Ce soir là, son aïeul lui contait l’homme sage venu leur rendre visite pour appeler la pluie qui ne voulait plus tomber depuis 10 ans. Il était monté tout en haut des gorges, loin au-dessus d’eux, appuyé sur un bâton tout fin pour assurer ses pas. Pied nus, il grimpait aussi vite que les wallabies qui ne le quittaient pas. Il avait allumé le feu magique et sa voix s’était imposée forte des incantations qu’il lançait. Elle lui contait ses cheveux gris emmêlés qui rayonnaient dans la lumière des flammes pour assombrir encore un peu son visage aussi noir que la cendre.

    L’échos renvoyait sans fin ses mots étranges qui parlait de goutte d’eau qui devait tomber du ciel pendant des heures. Des mots qui parlaient de couleurs qu’il ne connaissait pas et de fleurs qu’il n’avait jamais vues.

    Il voulait croire à cette histoire qui disait que le lendemain les gorges avaient résonné du bruit de l’eau qui coulait à flot éclaboussant la roche. Lui ne connaissait que la citerne qui gardait un liquide rouillé venu de la terre.

     


    AUTOMNE

    novembre 4th, 2010

    feuille_morte_by_halucigeniaIl est symphonie de carmin et d’or sous les ramures d’une forêt profonde.

    Il craque sous les pas du rêveur solitaire quand il se perd entre des troncs écorchés.

    Il renaît d’un été dénué de pluies qui lui épargne la tristesse de feuilles rouillées.

    Automne, pour installer le tableau et la craie dans un conciliabule loin du rêve de l’enfant.

    Automne, pour suspendre l’hiver entre châtaignes grillées et cendre d’écorce pleurant de froid.

    Automne, pour une lumière diaphane qui nappe un ciel trop sombre juste avant la nuit.

    La cité affirme sa désespérance au coin de rues privées de l’ombre des boulots.

    La cité se joue du vent trop doux qui lui murmure ses parfums oubliés.

    La cité crie son nom au bord d’une fontaine d’un square qui résiste.

    Chant qu’un cœur juvénile happait pour son plaisir, tu restes muet dans le lointain.

    Chant qu’un adolescent émotif offrait à sa promise, tu fuis dans un gris terne.

    Chant qu’un vieillard plongeait dans son panier, tu meurs dans le silence.

    Le chemin de tes poèmes trouve la biche au coin de l’arbre pour un sourire naïf.

    Le chemin de tes poèmes trouve l’araignée sournoise pour un spleen qui résonne.

    Le chemin de tes poèmes trouve un songe langoureux dans un lac imaginaire.

    La poésie perdure ta faconde pour que jamais ne meurent tes soupirs colorés.


    MICHEL ANGE, LA CHAPELLE SIXTINE

    octobre 27th, 2010

    h-4-1021283, chapelle sixtineIl existe au plafond de la chapelle Sixtine la main de Dieu forte et racée qui impose la lumière pour enfanter Adam. Poigne puissante, aux doigts qui s’oublient dans les nœuds de leurs muscles, elle subjugue le passant qui se perd dans sa beauté.

    Nonchalant et triste, d’un regard alanguit, Adam hésite au bord de ces doigts qui se prolongent ou naissent d’un touché pas tout à fait aboutit.

    Mains qui expriment plus encore qu’un visage : un nerf s’est fait sillon pour creuser d’émotion une paume enroulée. Un poignet se casse, incrustant dans la douceur d’un bras tendu la magnificence de la création.

    Père qu’un fils aurait perdu, chaque parcelle de deux index qui se cherchent, éloigne et  relie un amour indécis.

    Peinture comme une sculpture emprunte de réalité, elle oscille entre le velouté de la peau et la grâce merveilleuse d’un corps effleuré.

    Sur le chemin de la découverte, envoûté par le mouvement au delà de la peinture on s’interroge sur le mystère de ces phalanges inspirées de religion.

    Génèse qui suinte de féminité, l’art  transpose sa parole à la pointe de deux bras qui se reconnaissent sans s’attacher.

    Ressentir, sentir et se perdre dans l’extraordinaire de courbes indéfinissables pour ne jamais vraiment savoir dans l’humain qui de l’homme ou de la femme a inspiré le maître.


    JIGME, TIBETAIN DU LADAKH

    octobre 20th, 2010

    enfant tibétain, photo florence jeanIl est des souvenirs qui tapissent la mémoire de parfums, de sons et d’images. Ceux-là ont la force d’une aventure qui se revit sans fin parce qu’au milieu existait l’autre, celui qui ouvre les portes de sa vie pour un moment d’exception.

    Il s’appelait Jigme : un nom et glisse un visage au milieu d’un sommet qui fuyait vers le ciel sans se laisser conquérir. Il s’appelait Jigme, le symbole de la hardiesse, de la témérité celle qui avait dû être la sienne pour vivre sa vie si courte et si dense.

    Il était né dans un village entre l’âne et le dzo, protégé du gel tout l’hiver par un manteau de yak. Il était né d’une mère rêche et rieuse aux rides déjà profondes. Des rides que l’air pur et incisif creuse dès la jeunesse pour se présenter plus vieux et sans doute plus sage.

    Sa mère avait rit avec lui autour d’un foyer qui ne devait jamais s’éteindre. Elle lui apprenait déjà son savoir sans écrit puisque les moulins à prières confiaient leurs mots depuis toujours. Elle lui apprenait la terre comme la plus belle peinture qui se dessine entre des carrés de pierres. Elle lui apprenait le labeur les matins de printemps.

    Il tournait en chantant autour du cercle de labour pour que le dzo tire et tire encore la herse dans un sol trop dur. Il traçait les sillons qui devenaient création pour que les mois ne soient jamais exsangues de nourriture. Il ramassait la manne que le yak et l’âne avaient laissée afin que le feu ne meure jamais. Il partageait le rire et les histoires que le soir venu les anciens racontaient. Il avait grandi fort et courageux et les moines, la haut dans leurs monastères plein de vie, lui avait donné l’envie de découvrir le monde. Son savoir était grand mais sa curiosité n’avait de cesse d’étancher sa soif.

    Un jour il était parti, ce jour là les vallées se sont déroulées sous ses pieds jusqu’à la plaine du Gange. Bruit et chaleur l’avaient assailli, la moiteur il ne la connaissait, pas plus que les milliers de pieds qui ensembles martèlent le macadam. Il s’était trouvé un chemin de fortune, un chemin  auprès de ses frères tibétains, exilés trop loin de leur contrée. Il avait bu le savoir de l’université jusqu’à se rassasier, mais là-bas l’Himalaya l’appelait, sa racine de toujours. La vallée silencieuse que les sommets gardaient secrète suscita ses cris un jour de juin. Des cris de retour, des cris de retrouvailles, des cris d’essentiel d’une contrée qui savait le garder.

    La route s’était fait aussi courte que son besoin de vérité. La route l’avait porté très vite vers les enfants de son village. Il les avait pris auprès de lui entre histoires et écrits pour que jamais le désir ne vienne d’abandonner leurs richesses. Une richesse qui l’avait frappée aussi fort que le son du gong qu’il entendait chaque jour allongé sur sa couche. Depuis son regard éblouissait de la pureté de son Himalaya bien aimé.


    HIMALAYA, LA NUBRA

    octobre 19th, 2010

    la nubra valleyLa bise  portait dans le vent la voix du mystère qui scandait ses vocalises dans la poussière du froid.

    Il devait être tôt, assez pour que la glace se taise sous le couloir neigeux.

    Il devait être tard, bien après que le rêve ait cessé pour se lover dans la réalité.

    Il était cet instant où les mots se taisent, où le regard se voudrait d’éternité, où le mystère s’ouvre enfin. Juste une illusion avant de mener vers un autre plus infini que lui .

    Il était cet instant où surgissait du mur de l’Himalaya une vallée de désert profonde et silencieuse. Seul le vent racontait son histoire dans une sécheresse qui craquait les lèvres engourdies.

    Il racontait des rires chatoyants derrières les gouttelettes du torrent qui lavait le tapis d’un enfant.

    Il racontait des yeux limpides et noirs au bord de joues cuivrées, rougies par des matins de gel.

    Il racontait deux mains engourdies et chaudes qui s’enroulent sur un bol tendu comme une offrande.

    Le toit du monde s’était paré de la lumière des justes, il gardait enfouies dans les replis de ses sommets, les pierres invisibles de ses prières.

    Marcher était devenu autre, comme un pas qui s’ignore pour réclamer la vie. Marcher vers ceux qui gardent la magie des mystères sans leurs demander raison. Marcher vers ceux que les jours exaltés d’étincelles courbent sur une terre trop dure.

    Ils étaient dix, puis vingt, puis trente, autant que leurs ânes chargés de vivres qu’ils guidaient vers un sommet sans nom. Ils étaient joie, curiosité, surprise.

    Ils étaient une rencontre, la seule, l’unique, celle qui se taie pour qu’ils existent toujours loin de nos compréhensions.